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RD CONGO: Le meeting interdit de l’UDPS

RD CONGO: Le meeting interdit de l’UDPS

Les autorités congolaises ont muselé l’opposition qui ne désarme pas

Ce samedi 5 novembre devait être l’occasion pour Etienne Tshisekedi, le président du comité des sages du Rassemblement de l’opposition congolaise, de faire le point publiquement sur sa position et celle de ses alliés face aux manœuvres de la majorité présidentielle qui entend maintenir coûte que coûte le président Joseph Kabila au pouvoir malgré les limites fixées par la Constitution.

Personne n’avait oublié la marée humaine qui s’était mobilisée pour venir écouter Etienne Tshisekedi le 31 juillet dernier, pour sa première grande apparition publique quatre jours après son retour au pays.

« Ils étaient au moins un million à se bousculer sur le boulevard Triomphal », se souvient un membre de la Dynamique de l’opposition, une des plateformes politiques de l’opposition congolaise. « Il faut croire que le souvenir de ce grand meeting associé aux violences qui ont entouré les journées des 19 et 20 septembre, quand le peuple de Kinshasa est descendu pacifiquement dans les rues pour réclamer la convocation du corps électoral et donc le respect du calendrier qui prévoit le départ de Kabila le 19 décembre prochain. » police-kinshasa_rdc

Des journées qui s’étaient soldées par un bilan humain très élevé (au moins cent morts dans les rangs des manifestants) et qui avaient démontré la détermination du peuple face à la volonté de Joseph Kabila et de son clan de prolonger son séjour à la tête de la République démocratique du Congo (RDC).

Tout au long de la semaine, le pouvoir congolais et notamment le gouverneur de la ville-province de Kinshasa, André Kimbuta, un très proche de la famille Kabila, ont fait monter la pression en refusant d’autoriser la tenue de ce meeting.

« De l’intimidation » pour l’opposition qui refusait de courber l’échine et maintenait le meeting.

Ce samedi, aux premières heures du matin, la police congolaise affichait sa détermination. Des dizaines d’hommes avaient pris place en face du domicile du vieux leader de l’opposition pour l’empêcher de sortir de chez lui.

Sur le boulevard Triomphal où devait se tenir le meeting, comme ils l’avaient fait au printemps dernier pour empêcher la tenue d’un rassemblement de l’opposition, d’autres policiers en tenue de joueurs de football avaient envahi la zone où devait être érigé le podium. « On a dû battre un record digne du Guinness Book », explique, moqueur, un supporter d’Etienne Tshisekedi. « Les joueurs sont restés près de dix heures sur le terrain, même avec de nombreux changements, c’est quand même impressionnant ».

Du coup, le meeting n’a jamais pu débuter. La foule ne s’est pas mobilisée et de nombreuses arrestations ont été annoncées aux quatre coins de la capitale.

Des gaz lacrymogènes ont été tirés pour disperser les militants qui se sont rassemblés près du domicile de l’opposant Etienne Tshisekedi. Le porte-parole de la police a été clair : tout rassemblement de plus de dix personnes sera dispersé.

Et pour cause : le gouvernement provincial a interdit toute manifestation jusqu’à nouvel ordre, malgré l’appel des Nations unies à respecter la liberté de manifester.

Les attroupements autour du lieu où devait se tenir le meeting ont également été dispersés. La police y est déployée en nombre et sur les lieux des matchs de football que la police interdit de filmer. « Ce sont des militaires et des policiers en civil qui font semblant de jouer », ont dit des opposants qui surveillent le déploiement des forces de sécurité.

Le signal de RFI est toujours coupé à Kinshasa et à Lubumbashi, tandis que celui de Radio Okapi est brouillé dans la capitale congolaise. « Nous ne savons pas d’où cela vient », a déclaré le porte-parole de la Mission de l’ONU au Congo Charles Bambara.

« Nous trouvons dommage qu’une radio comme Radio Okapi, qui est au service du peuple congolais, soit brouillée. (…) Et nous déplorons aussi le fait que le signal de Radio France Internationale, qui émet sur Kinshasa, ait également été coupé », a-t-il déclaré, précisant ne pas savoir d’où cela vient.

Pour les tenants de l’opposition, comme le secrétaire général de l’UDPS, M. Kabund-a-Kabund, « le pouvoir ne doit pas penser que cela se passera de la sorte le 19 décembre ». Pour d’autres opposants, « Cette grosse mobilisation démontre que le pouvoir a paniqué. Il ne pourra pas toujours mobiliser autant d’hommes pour empêcher les Congolais de manifester contre la tentative de coup d’Etat de Kabila. »

Dans les rangs de la majorité, le calme relatif de ce samedi est considéré comme une victoire. « Les gens ne sont pas dupes. Tshisekedi ne mobilise plus », avance un jeune cadre du PPRD, le parti du président Kabila. « On a signé un accord entre la majorité et l’opposition qui prévoit des élections en 2018. Les pays voisins nous ont félicités la semaine dernière pour cet accord. Aujourd’hui, le clergé catholique travaille pour tenter de ramener l’opposition la plus radicale à la table des négociations. Cela démontre bien qu’ils ont compris qu’il fallait passer par ce dialogue pour aboutir à une solution pacifique. Même Félix Tshisekedi, qui est chez vous pour l’instant, a annoncé vendredi qu’il était favorable à intégrer ce dialogue. On va se retrouver, on va négocier et on va se diriger vers des élections transparentes et sereines ».

Une analyse quelque peu biaisée. Si l’opposition qui a refusé d’intégrer le premier dialogue est prête à s’asseoir autour de la table, elle entend d’abord et avant tout obtenir le départ de Joseph Kabila pour le 19 décembre. L’apaisement n’est donc pas pour demain.

Par Guylain Gustave Moke

Louis Doulon
Luis Doulon est rédacteur au site presidentmoisekatumbi.com
http://www.presidentmoisekatumbi.com
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