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RD CONGO: L’histoire d’une démocratie de façade

L’histoire du cheminement de la démocratie congolaise aujourd’hui enlisée a commencé le 24 avril 1990. En République démocratique du Congo, le 24 avril a été une date symbolique.

En cette année 1990, l’empire soviétique, du moins ce qu’il en reste, s’effondre. Mobutu Sese Seko, qui règne d’une main de fer depuis 1965 sur le plus grand pays d’Afrique francophone, sait que le statu quo n’est plus possible. Le maréchal-président ne peut plus jouer de la rivalité entre le bloc de l’Ouest et celui de l’Est pour maintenir son pouvoir sans partage.

Son discours, prononcé le 24 avril 1990 devant les caméras, en est l’aboutissement, une « conclusion logique ». Ce jour-là, pour la première fois, les Congolais – Zaïrois à l’époque – ont vu le Léopard, comme il se plaisait à se surnommer lui-même, verser quelques larmes. « Comprenez mon émotion », dira-t-il. Ce jour-là, il met fin au parti-État et prend congé du MPR, le Mouvement populaire de la révolution, qu’il a toujours dirigé d’une main ferme. Le parti unique est mort. Le multipartisme est instauré. 

Mobutu se ravisera plus tard quelque peu lors d’un discours de clarification. Mais le coup est parti. Le mouvement est lancé. Il paraît alors irréversible. Très vite, une centaine de partis politiques voient le jour. Profitant de la fin du monopole d’État dans le secteur des médias, les journaux poussent comme des champignons. Il souffle sur Kinshasa, comme ailleurs dans le pays, un vent de liberté, qui ne fait pas qu’emporter la toque en peau de léopard de Mobutu. Les hommes arborent de nouveau le costume-cravate « à l’occidental », les femmes portent le pantalon. Des tenues interdites au temps du parti unique.

Les débuts sont prometteurs. Mais les Zaïrois ne tardent pas à déchanter. Étienne Tshisekedi wa Mulumba, l’opposant historique, nommé Premier ministre en 1991, puis une seconde fois en 1992, est démis de ses fonctions quelques mois plus tard à peine, en 1993, à la suite d’incessants conflits avec Mobutu. Le maréchal ne quitte finalement le pouvoir que sept ans après l’ouverture de la conférence nationale, contraint et forcé par l’entrée le 17 mai 1997 à Kinshasa de l’Alliance de forces démocratiques pour la libération du Congo. Le Léopard ne rugira plus.

Dans la peau du chasseur : le Mzee (« sage » en swahili), Laurent-Désiré Kabila. Celui-ci sera assassiné le 16 janvier 2001, quatre ans après son accession au pouvoir, dans sa résidence – le Palais de marbre à Kinshasa – par un ancien enfant-soldat membre de sa garde, Rashidi Mizele, semble-t-il. Le pays est alors plongé dans un chaos généralisé. C’est son fils adoptif, Joseph, qui lui succède. Élu une première fois en 2006, lors du premier scrutin au suffrage universel direct organisé en RDC, il sera réélu en 2011, à chaque fois dans des conditions très contestées.

Depuis ce jour du 24 avril 1990, le destin du Zaïre-RDC a été aussi tumultueux que les eaux du fleuve Congo. Massacres de civils par millions, viols à une échelle industrielle, rébellions cruelles à l’Est, pillages récurrents, instabilité politique chronique, rien ne lui a été épargné… et ne l’épargne encore. Les tueries inexpliquées de Beni dans le Nord-Kivu, les Fosses communes de Maluku, les charniers du Kasaï sont là pour rappeler qu’en RDC le passé ne passe pas. La corruption du clan au pouvoir atteint une ampleur sans précédent, alors que l’écrasante majorité des Congolais s’enfonce chaque jour un peu plus dans une misère crasse.

La crise sécuritaire, économique et sociale est d’autant moins susceptible d’être résolue qu’elle se double d’une crise politique sévère, savamment entretenue. Joseph Kabila s’accroche au pouvoir comme une moule à son rocher. S’éterniser à la tête du pays, comme Mobutu en son temps, semble être désormais son unique objectif. Pour y parvenir, il joue la montre afin de gagner du temps et finir, si possible, par organiser, de guerre lasse, un « référendum plébiscite » pour se maintenir à la présidence.

Pour cela, il use de tous les stratagèmes possibles : tentative de modification de la loi électorale, réforme des provinces pour mieux les maîtriser, neutralisation des opposants par leur arrestation ou leur éloignement, fermeture des médias proches de l’opposition, assèchement du budget de la Ceni (l’organe chargé d’organiser les élections), dédoublement des partis politiques en vue d’affaiblir l’opposition, débauchage d’opposants en mal de reconnaissance ou d’argent, etc. La liste est particulièrement longue. 

Dernier exemple en date : l’accord dit de la Saint-Sylvestre, signé le 31 décembre 2016 entre la majorité présidentielle et le Rassemblement de l’opposition de Moïse Katumbi, Olivier Kamitatu, Félix Tshisekedi, Martin Fayulu, etc., censé régler la transition et assurer la tenue de l’élection présidentielle fin 2017, a été foulé aux pieds par Joseph Kabila et ses proches, comme l’a reconnu tout récemment la Conférence nationale épiscopale du Congo.

Ce 24 avril 2017, dans l’ex-Zaïre, devenu depuis Congo-Kinshasa, l’opposition a annoncé son intention d’organiser une série de manifestations. Autant pour célébrer le 24 avril 1990 que pour protester contre la volonté de Joseph Kabila de s’accrocher mordicus au pouvoir. Depuis 1990, le pays n’a connu aucune alternance politique pacifique. Et Joseph Kabila semble bien décidé à ce que ce ne soit pas toujours pas le cas.

Joseph Kabila, parti á l’etranger (l’Egypte et le Gabon) pour éviter de porter la responsabilité, au cas oú le meeting de l’opposition dégénérerait, il laissa du moins le soin á ses forces sanguinaires d’étouffer un rassemblement commémoratif de l’avènement du multipartisme dans le pays.

27 ans plus tard, on assiste à un multipartisme piégé, monarchique. En RDC, la vraie la démocratie n’est toujours pas au rendez vous or il se pourrait qu’elle soit en retard et les congolais feraient mieux de continuer d’attendre. Malgré le multipartisme, la démocratie n’est que de façade en RDC.

Par Guylain Gustave Moke

Louis Doulon
Luis Doulon est rédacteur au site presidentmoisekatumbi.com
http://www.presidentmoisekatumbi.com
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